lundi 28 juillet 2014

Liberté

Liberté, Égalité, Fraternité. Telle est la devise de la République française. Nous avons fêté le 14 Juillet il y a deux semaines à peine, il est donc encore de circonstance de vous proposer ce célèbre poème de Paul ÉLUARD, écrit en 1942.


Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

dimanche 27 juillet 2014

Michel Audiard

Le 27 juillet 1985, Michel AUDIARD nous quittait, à l'âge de 65 ans...
En guise d'hommage, voici quelques répliques, qui viennent s'ajouter à celles que j'avais déjà citées dans le billet du 3 juin 2013.

Il y en a sept. Vous pourrez ainsi en servir une par jour, à l'apéro, la semaine prochaine...

Il y a sûrement un rapport de cause à effet entre la multiplication des chaînes et la prolifération des glands. 
Il ne manquerait plus que je me laisse insulter par un grossier !
Avec une grande gueule et une petite tête, mieux vaut éviter de porter le chapeau.
L’imbécile est au crétin ce que la cornemuse est au biniou : ils ne manquent pas d’air.
À un tel niveau de perfection, la connerie touche au divin. On a du mal à y croire.
Face à la brute épaisse qui en tient une couche, la persuasion passe par l’artillerie lourde.
Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute.

jeudi 24 juillet 2014

Citation de Morgan Sportès

Étrange est l'équilibre qui s'établit entre la page blanche, la machine à écrire, le corps, l'esprit, secrète osmose, jeu de vases communicants, alchimie. 
Morgan SPORTÈS

lundi 21 juillet 2014

Je connais

Le 22 mars dernier, je vous avais déjà proposé un texte de Jacques Meunier. En voici un autre.

Je connais 
Je connais un philosophe
qui a tout l'air d'un maître d'hôtel
pour restaurant végétarien 
je connais un pilote d'avion
qui est con
comme un gardien de parking 
je connais quelqu'un
qui a dans la tête
des petits pois extra-fins 
je connais un jeune escabeau
qui se prend pour un bel escalier 
je connais une allumeuse
qui est devenue pyromane
en vieillissant 
je connais un arriviste
qui est mort avant d'avoir écrit
son curriculum vitæ 
je connais un type
qui collectionne les rétroviseurs
et qui ne supporte pas les idées politiques
de son chien 
je connais une sirène suicidaire
amoureuse d'un poissonnier 
je connais un pompiste
qui a bien rempli sa vie
et qui ne s'en plaint pas 
je connais un crétin
qui connaît des tas de gens connus
et c'est là son principal défaut :
des autres il est imbu

jeudi 17 juillet 2014

Citation d'Hélène Ouvrard

Il faut sans cesse et sans cesse passer par toutes les étapes de la désillusion, se retrouver seul et toucher le fond de sa détresse. Choisir le difficile, l'impossible, la nuit, ce qui n'est pas dit. Écrire est à ce prix − vivre aussi.
Hélène OUVRARD

lundi 14 juillet 2014

La Marseillaise

En ce jour de fête nationale, quoi de plus naturel que de vous proposer le texte intégral de notre hymne national...




LA  MARSEILLAISE


1er couplet

Allons ! Enfants de la Patrie !
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'étendard sanglant est levé ! (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

Refrain

Aux armes, citoyens !
Formez vos bataillons !
Marchons, marchons !
Qu'un sang impur...
Abreuve nos sillons !

2

Que veut cette horde d'esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français ! Pour nous, ah ! Quel outrage !
Quels transports il doit exciter ;
C'est nous qu'on ose méditer
De rendre à l'antique esclavage !

3

Quoi ! Des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Des phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Dieu ! Nos mains seraient enchaînées !
Nos fronts sous le joug se ploieraient !
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !

4

Tremblez, tyrans et vous, perfides,
L'opprobre de tous les partis !
Tremblez ! Vos projets parricides
Vont enfin recevoir leur prix. (bis)
Tout est soldat pour vous combattre.
S'ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produira de nouveaux
Contre vous tout prêts à se battre.

5

Français, en guerriers magnanimes
Portons ou retenons nos coups !
Épargnons ces tristes victimes,
À regret, s'armant contre nous ! (bis)
Mais ce despote sanguinaire !
Mais ces complices de Bouillé !
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

6

Amour sacré de la Patrie
Conduis, soutiens nos bras vengeurs !
Liberté ! Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la Victoire
Accoure à tes mâles accents !
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

7 et 8 (dits "couplets des enfants")

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière,
Et la trace de leurs vertus, (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre,
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil,
De les venger ou de les suivre.

Enfants, que l'Honneur, la Patrie
Fassent l'objet de tous nos vœux !
Ayons toujours l'âme nourrie
Des feux qu'ils inspirent tous deux. (bis)
Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible :


NB: le septième couplet, dont l'auteur reste à ce jour inconnu, aurait été ajouté en 1792. Pour le huitième (trouvé sur le site de l'Assemblée Nationale), je n'en connais pas l'origine. A-t-il été créé en même temps que le septième ? Ajouté plus tard ?...

jeudi 10 juillet 2014

Citation de Léon Tolstoï

Il ne faut écrire qu'au moment où chaque fois que tu trempes ta plume dans l'encre un morceau de ta chair reste dans l'encrier. 
Léon TOLSTOÏ

lundi 7 juillet 2014

Le blog part en vacances !

Chers lecteurs,
Parce que tout le monde a besoin de respirer, vous comme moi, le blog va prendre quelques semaines de vacances.
À compter de ce jour, et jusqu'au 31 août, je ne posterai que deux billets par semaine, le lundi et le jeudi. Il s'agira essentiellement de citations et de poèmes.
Il pourra toutefois y avoir quelques exceptions à ces règles...
Sur ce, je vous souhaite de passer un bel été !



dimanche 6 juillet 2014

Bons mots (3)


Ultime extrait de L'aimable compagnon - Nouveau recueil de bons mots, de fines saillies, de réparties spirituelles, d'historiettes et d'anecdotes plaisantes, naïvetés, menus propos, etc. Montréal. 1899.
Consultable en ligne ici.
Et ça vaut le détour !



Un voyageur de commerce, ayant parcouru une partie de la France et de l'étranger, a rapporté les objets suivants :
 un habit taché de Grèce,
 un pantalon de boue de Bougie,
 une paire de souliers à double semelle de Liège,
 un mouchoir de Tulle,
 une tabatière de Bone,
 une boîte de Gand,
 un pistolet de Tyr,
 une bouteille de Rome,
 une chaise de Cannes,
 un pot de Gray,
 un couvert d'Etain,
 un collier de Rennes,
 une échelle de Moulins,
 une culotte de Pau,
 un bonnet de Nuits,
 un lit de Caen,
 un livre de Metz,
 un pâté de Foix,
 un sac de pastilles de Mantes,
 une malle pleine de Romans, laquelle était arrivée vide de Sens.

samedi 5 juillet 2014

Brise marine

Samedi, c'est récitation !
Voici un texte de Stéphane MALLARMÉ dont vous connaissez très certainement le premier vers.
Une invitation au voyage (et à l'inspiration) en ce début de vacances estivales... Bon week-end à tous !


Brise Marine

La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres 
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux ! 
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux 
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe 
Ô nuits! ni la clarté déserte de ma lampe 
Sur le vide papier que la blancheur défend 
Et ni la jeune femme allaitant son enfant. 
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture, 
Lève l'ancre pour une exotique nature ! 
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs, 
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs ! 
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages 
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages 
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots... 
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!

vendredi 4 juillet 2014

Arty

Connaissez-vous le mot arty ?
Inutile de vous jeter sur Julie ou Bob, il n'existe pas en français. C'est de l'anglais qui veut dire, grosso modo, de style bohème, ou prétentieux.
Oui mais chez le bobo moyen français, il a une connotation, comment dire, chic, clââsse, chébran quoi !
Vous le trouverez souvent dans Télérama (ah tiens, ça alors !), qui en use et en abuse au point que c'en est ridicule. Et si vous ne me croyez pas, tapez donc dans votre moteur de recherche préféré ces deux mots : télérama et arty...
Bref, mot pas beau et ridicule à oublier.

jeudi 3 juillet 2014

Citation de Hafid Aggoune

J'écris pour fabriquer mon propre corps, ma véritable présence au monde. Toute mon existence est à la recherche de ce lieu habitable, un monde viable, ma langue le livre. 
Hafid AGGOUNE

mercredi 2 juillet 2014

Être (ou pas) en odeur de sainteté

Être, ou ne pas être, en odeur de sainteté. Telle pourrait être la question du jour.
Au fait, d'où vient cette expression ?
Apparue au XVIIe siècle, il fallait la prendre, à l'origine, au sens propre : la croyance voulait que les saints, à leur mort, dégageaient une odeur agréable et suave qui permettait de les distinguer du commun des mortels. Odeur ayant déjà, en outre, le sens d'avoir bonne ou mauvaise réputation, la signification imagée de l'expression vint très naturellement.
Ne pas être en odeur de sainteté signifie donc, tout simplement, être mal vu (d'une personne, d'un groupe, ...).

L'argent n'a pas d'odeur, paraît-il. Pourtant, si vous êtes fauché, vous ne serez pas en odeur de sainteté auprès de votre banquier. À méditer.

mardi 1 juillet 2014

Ne pas confondre : rapetisser et rapetasser

Entre rapetisser et rapetasser, il n'y a jamais qu'une voyelle de différence. Mais tout un monde quant à la signification.

On ne va pas s'appesantir sur le sens de rapetisser. Quoique. Rappelons tout de même qu'il y a deux verbes rapetisser : l'un est transitif (réduire quelque chose), l'autre est intransitif (nous sommes début juillet mais les jours rapetissent déjà). Rien de méchant, donc.

Le verbe rapetasser est nettement moins courant et il n'y aurait rien de choquant à ce que vous n'en connaissiez pas précisément le sens.
Appartenant plutôt au langage familier, il signifie raccommoder grossièrement (vêtements, chaussures, ...). Un autre sens, moins connu encore, est celui de retoucher partiellement un texte... Ce qu'il m'arrive de faire.
Il peut donner quelques couleurs à un propos ou un discours, aussi sérieux soit-il, comme nous le montre cette citation de Georges Clémenceau :
Rapetassera-t-on, ou ne rapetassera-t-on pas ? Tous les rapetasseurs sont à l'œuvre. Avec d'anciens ministres éculés, on peut faire, paraît-il, une jolie paire de chaussures neuves à la mesure de tous les pieds.
Sur ce, je m'en vais rapetasser l'article de demain.