mercredi 30 avril 2014

Vintage

Il y a des mots étrangers qui sonnent tellement bien qu'on en oublie que leur équivalent français est au moins tout aussi sympathique.
Ainsi en va-t-il de vintage et rétro, le premier ayant supplanté, semble-t-il, le second dans le langage courant que certains veulent nous imposer par la force.
Quand on creuse un peu, en outre, on se rend compte qu'il s'agit là d'une traduction très approximative de l'anglais, pour désigner un état que le mot français rétro définit bien plus précisément.
Seulement voilà, parler de mode rétro, ça fait "has been", pardon, ringard.
Mais aussi français.
Et si parler français est ringard, alors vive la ringardise !

mardi 29 avril 2014

Ne pas confondre : flan et flanc

Il y a quelques mois déjà, je vous avais pondu un petit billet sur ban et banc.
Voici donc, dans le même genre, flan et flanc. Qui vient de dire que ça ne va pas être de la tarte ?

Comme d'habitude, on saute sur son dico préféré (réellement ou virtuellement) et on lit, pour flanc :
"Partie latérale de l'abdomen de l'homme, située entre les côtes et l'aile iliaque du bassin [...] Partie latérale de tout le corps de l'homme ou de l'animal [...] Partie latérale, côté de certaines choses [...] Côté droit ou gauche d'une formation ou d'un dispositif militaires.[...]".
Bref, vous connaissez.

Quant au flan, bande de petits gourmands, pas besoin d'en faire tout un plat. Vous connaissez aussi. Je vous ai fait, en outre, un petit billet sur la fameuse expression "en rester comme deux ronds de flan" (cliquez, c'est bon pour la culture et le taux de fréquentation du blog !).

Autre expression, "prêter le flanc" : si vous oubliez le "c", un petit malin pourrait vous répondre qu'il ne manquera pas de vous le rendre, mais que son aspect risque fort d'être nettement moins appétissant...

Ne prêtez donc pas le flanc à ce genre d'humour et ne passez plus pour un flan pour avoir confondu ces deux mots...
Soyez vigilant avec ce fichu "c" !

lundi 28 avril 2014

Bilangue, bilingue

Bilangue ou bilingue ?

Bilingue signifie "en deux langues différentes". Une personne parlant couramment français et anglais est bilingue. Mais je ne vous apprends rien, là.

Si vous recherchez bilangue dans un bon dictionnaire de français, vous allez faire chou blanc : ce mot n'existe pas. Vous l'avez pourtant entendu, lu. Moi aussi, et c'est la raison pour laquelle j'ai voulu creuser un peu...

Si j'ai bien compris, ce mot a été inventé par le milieu de l'éducation afin de faire la distinction entre les classes bilingues, dans lesquelles les cours sont dispensés en deux langues (on appelle aussi ces classes les sections européennes), et les classes dites "bilangues", dans lesquelles les élèves étudient deux langues vivantes dès l'entrée en 6e.

J'en conclus donc que bilangue est un mot du jargon de l'Éducation nationale. Il ne peut donc être utilisé que dans le contexte exposé ci-dessus. Sinon, oubliez-le !

dimanche 27 avril 2014

Ne pas oublier

Nuit et Brouillard

Paroles et musique de Jean Ferrat, 1963

1. Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.
Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été.

2. La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir
Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.

3. Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ?
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues
Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.

4. On me dit à présent, que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare
Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter
L'ombre s'est faite humaine aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.

Avec des rayures ou pas

C'est court, c'est simple et pas bancal, c'est dominical :
Savez-vous quelle différence, puisque
vous vous y connaissez, il existe entre un disque
et un zèbre ?... Eh bien, le disque
s'il n'est pas rayé, c'est musical
et le zèbre, c'est un cheval. 
Pierre FERRAN

samedi 26 avril 2014

En sortant de l'école

En sortant de l'école

En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré

Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés

Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires
des cinq doigts de la main
tournant ma manivelle
d'un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins

Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la Terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper

Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et le printemps nous a salués

C'était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer

Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture
et en bateau à voiles.

Jacques Prévert, Paroles

vendredi 25 avril 2014

Impacter

Impacter : encore un anglicisme pur jus. Et même si votre dico préféré le répertorie, ça n'en reste pas moins un vilain verbe issu d'un certain jargon et qui a largement débordé de sa sphère d'origine pour rejoindre la cohorte toujours plus nombreuse des mots pas beaux censés donner un (in)certain impact aux propos de ceux qui en usent et en abusent. 
Oui, le mot impact existe bien. Par contre, impacter n'est qu'une traduction-reprise un peu trop facile du verbe "to impact" qui n'a rien de français, lui.

Au fait, saviez-vous qu'impacter, dans le jargon chirurgical, signifie "attacher entre eux des organes" ? Un sens qui vous prend aux tripes, n'est-ce pas...

Je sais bien que ce billet n'aura qu'un impact limité sur le bon déroulement de votre journée et n'empêchera pas certains d'utiliser "impacter" à la première occasion.
Tant mieux !

jeudi 24 avril 2014

Citation d'Alain Bosquet

L'écriture est une délivrance qui, phrase après phrase, mot après mot, devient un esclavage.
Alain BOSQUET

mercredi 23 avril 2014

Effeuiller la marguerite

Effeuiller la marguerite : j'ai un faible pour cette expression, apparue au cours du XIXe siècle (et que d'aucuns attribuent à une ancienne croyance normande). Je suis sûr que vous l'avez tous mise en pratique... Voire que vous ne résistez toujours pas au plaisir d'arracher un à un les pétales de la fleur en énonçant les fameux "Il (elle) m'aime, un peu, beaucoup, passionnément, ..." et que vous continuez de sauter volontairement le "pas du tout" si c'est le dernier pétale.

Ah, je vois deux ou trois coquin(e)s qui se trémoussent sur leur chaise en souriant. Et je sais pourquoi : effeuiller la marguerite a aussi une signification plus... sensuelle. Signification qui nous rappelle que l'effeuillage n'est pas seulement une activité de jardinier. Et là, je vois mes deux ou trois coquin(e)s relire le début de ce billet pour déceler dans mon propos un éventuel sens caché.

Que voulez-vous, c'est l'printemps (comme dirait Léo Ferré ... ou Pierre Perret) !

mardi 22 avril 2014

Ne pas confondre : filtre et philtre

Filtre ou philtre ? Voici une confusion que l'on rencontre encore, malheureusement. Faites le test avec votre moteur de recherche préféré : vous allez être surpris...

Si le mot filtre ne pose pas de problème orthographique (difficile de faire une faute d'orthographe sur ce mot !) ni de compréhension, il n'en va pas de même avec philtre, moins connu bien que faisant partie de l'imaginaire collectif.
Comme le dit fort justement Julie (la rousse), le philtre est un breuvage préparé selon les règles de la magie ou de la sorcellerie, destiné à inspirer l'amour.
On écrit donc "un philtre d'amour". Quant au "filtre d'amour", je trouve l'image assez intéressante, mais j'ai un peu de mal à visualiser ce que cela peut être. Je vieillis, je vieillis...

Allez, à la demande générale, voici une recette de philtre d'amour. Je ne sais pas si elle est efficace. Un(e) volontaire pour la tester ?
http://www.marmiton.org/recettes/recette_philtre-d-amour_35139.aspx

lundi 21 avril 2014

J comme...

J comme... 

Jardin
Je n'ai pas la main verte, c'est un fait. Ayant passé plusieurs années à manier la tondeuse et le sécateur, ce fut un réel soulagement de ne plus avoir que des mauvaises herbes à arracher lorsque je me suis installé à Béziers. Les quelques mètres carrés de jardin sont occupés par : une petite piscine et de la pelouse artificielle. Impeccable !
Sinon, j'aime beaucoup la formule de Voltaire : "Cultivons notre jardin"...

Jargon
Je maîtrise (encore) celui du milieu militaire, particulièrement riche. Depuis que je suis écrivain public, j'ai été amené à en découvrir d'autres. Tous participent aussi à la richesse de notre langue... ou à sa complexité (voir le dernier paragraphe de ce billet).

Jarretière
Il y a certes celle de la mariée. Mais c'est un peu réducteur. Personnellement, ce mot me fait surtout penser à l'ordre éponyme. Les deux sont d'ailleurs liés (lire à ce sujet cet article sympathique et fort bien illustré). L'Ordre de la Jarretière, le plus ancien et le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques, a une devise en français que vous connaissez tous. Non ? Allez jeter un coup d'œil à ce billet posté ici même en décembre dernier...

Journal
Il y a le journal (local ou national), dans sa version papier ou, maintenant, numérique. Il y a aussi le journal de bord et le journal intime. Si je n'ai pas pratiqué le dernier, en revanche je connais fort bien les deux autres. Je ne compte plus les exemplaires de journaux, de Ouest France à La Voix du Nord, en passant par les DNA (et je ne cite que les principaux) que j'ai lus, ayant été abonné à la plupart de ces titres en version papier, puis en numérique. Quant aux journaux de bord, j'en ai tenu un à chaque mission extérieure que j'ai effectuée durant ma carrière militaire : campagne sur la Jeanne d'Arc, Somalie, Kosovo, RCA, Côte d'Ivoire,... Une forme d'héritage pour les petits-enfants que j'aurai peut-être, mais surtout une mémoire de ce que j'ai vécu dans les années 90 et 2000. Et ça, ça n'a pas de prix.

Journaliste
Beau métier, exigeant tant dans l'investissement personnel qu'il nécessite que dans la déontologie qui doit lui être associée. Et s'il faut bien admettre que certains journalistes ont perdu de vue ces "fondamentaux", il n'en reste pas moins vrai que cette profession mérite le respect, voire l'admiration.
Internet, en accélérant la circulation de l'information, a rendu ce métier encore plus exigeant, en obligeant les journalistes à réagir rapidement, au risque de perdre de vue les bases de leur métier : objectivité, vérification des sources, respect de la vie privée,... respect de la langue française... Il n'y a jamais eu autant de coquilles dans les articles de presse. À croire que plus personne ne prend le temps de relire ce qui va être publié. Et ça, c'est inquiétant...

Juillet (et juin !)
Toujours synonyme de début des beaux jours, des longues soirées en terrasse, des vacances scolaires, vous savez, celles que, gamin, on attend avec impatience, car elles vont durer deux longs mois, et que cette simple constatation les rend vraiment magiques. Eh bien, je crois que j'ai gardé ça inscrit en moi et que c'est la raison pour laquelle cette période de l'année reste, pour moi, une période un peu particulière.

Juke-box
Mot qui fleure bon les troquets d'antan. Ceux que j'ai fréquentés quand j'étais lycéen, puis jeune adulte. Une autre époque, quoi. Aujourd'hui, quand j'entre dans un café, il me manque deux choses : le flipper et le juke-box. Surtout le juke-box. En disparaissant, il a emporté avec lui une (grande) partie de ce qui faisait le charme des troquets. Avis très personnel... Mais je suis sûr que beaucoup le partagent.

Juriste
J'ai retenu ce mot pour rappeler qu'un écrivain public n'est ni un juriste ni un conseiller juridique, même s'il se doit de connaître un certain nombre de choses dans le domaine du droit, ou de savoir se documenter rapidement et efficacement.
Toute personne ayant été amenée à se plonger dans les textes juridiques pourra en témoigner : le droit, ça ne s'improvise pas, et juriste est un vrai métier.
Personnellement, je trouve particulièrement regrettable que l'univers du droit ait développé son propre jargon et compliqué au possible la compréhension des textes juridiques, comme pour les rendre imperméables au commun des mortels. Alors que ce devrait être l'exact contraire.

dimanche 20 avril 2014

Phobies

La phobie est la crainte angoissante et injustifiée d'une situation, d'un objet ou de l'accomplissement d'une action, l'aversion très vive pour quelqu'un ou peur instinctive de quelque chose (définition Larousse).
Puisque nous sommes dimanche et que c'est un beau jour pour sourire tout en s'instruisant un peu et en apprenant des mots étranges, je vous propose une petite liste de phobies plus ou moins cocasses, à replacer entre le fromage et le dessert du repas dominical...

Aérocolophobie : peur des gaz dans le colon (à rapprocher du suivant, enfin, façon de parler...)
Aérophagiphobie : peur d'avoir de l'aérophagie, des gaz (Allez, Gaspard, pète un coup !)
Anatidaephobie : peur qu'un canard est en train de vous regarder (Donald, sors de ce corps !)
Appertophobie : peur des ouvre-boîtes (je n'ai pas trouvé pour les décapsuleurs)
Fiscaphobie : peur des impôts (phobie particulièrement répandue)
Jacondophobie : peur de la Joconde (c'est vrai qu'elle fiche les chocottes, cette bonne femme)
Korriganophobie : peur des lutins (et la peur des géants ?)
Nanopabulophobie : peur des nains de jardin à brouette (je n'ai pas trouvé pour les nains de jardin montrant leur postérieur)
Ocaludiphobie : peur des jeux de l'oie (on a les foies, quoi)
Paternatalophobie : peur des pères Noël (Encore de la discrimination sexuelle : et les mères Noël, alors ?)
Salcicophobie : peur des saucissons (aïe !)
Tudiculaphobie : peur des touilleurs de cocktails (si, si, ça existe !)

Et le meilleur pour la fin :
Phobophobie : peur d'avoir peur

Bon dimanche !

samedi 19 avril 2014

Le ciel est par-dessus le toit

Eh oui, nous sommes déjà samedi !
Donc, poésie hebdomadaire.
J'aime beaucoup ce texte de Verlaine. Il fait partie de ces récitations que j'ai apprises il y a quelque temps déjà...
Ah, vous aussi ?

Le ciel est par-dessus le toit
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme. 
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte. 
Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville. 
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ? 
Paul Verlaine, Sagesse

vendredi 18 avril 2014

Proxémie

Je n'ai pas de honte à vous avouer que j'ai découvert le mot proxémie récemment, en corrigeant un mémoire de psychanalyse. Je ne résiste donc pas au plaisir de partager avec vous cet instant d'enrichissement personnel aussi futile que jubilatoire.

Précipitons-nous sur nos dictionnaires préférés...
Ah, tiens : pas de proxémie. Il y a bien la proxémiquela science qui étudie l'utilisation et l'organisation signifiante de l'espace dans les relations entre les êtres animés (merci Bob). Un coup d'œil dans l'ouvrage de Julie ne donne pas mieux. D'où sort donc proxémie ?

À ce stade de la recherche, il faut se plonger dans le jargon utilisé dans les univers très particuliers que sont ceux de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychanalyse, sans oublier l'anthropologie.
L'origine du mot est américaine (proxemics) : on doit ce terme à l'anthropologue américain Edward T. Hall, qui l'a utilisé pour la première fois en 1963 pour désigner la distance physique qui s'établit entre des personnes prises dans une interaction. Ah, là on comprend tout, n'est-ce pas ?
Donc, "proxemics" a donné la (science de la) proxémique en français, mais aussi la proxémie.

Sur ces considérations psycho-machin-chose, je vous laisse méditer sur la richesse de notre langue et l'imperméabilité de certaines sciences...

jeudi 17 avril 2014

Citation d'Alain

Écrire est toujours un art plein de rencontres. La lettre la plus simple suppose un choix entre des milliers de mots, dont la plupart sont étrangers à ce que vous voulez dire.
Alain

mercredi 16 avril 2014

La Saint-Glinglin

Les gouvernements successifs (et le dernier n'est pas en reste) nous ont tous promis des baisses d'impôts. Ils nous ont même donné la date : à la Saint-Glinglin !
Évidemment, comme vous n'êtes pas tombés de la dernière pluie, vous ne vous précipitez pas sur l'almanach des Pétété pour trouver à quel jour correspond ce saint au nom étrange. En outre, il y a longtemps que vous ne croyez plus au Père Noël...
Bref, si on vous annonce quelque chose pour la Saint-Glinglin, vous comprenez que ça n'est pas près d'arriver.
L'origine de ce saint fictif est assez étonnante. Le mot saint ici utilisé est en fait une déformation de seing (dans le sens de signal) qui désignait, il y a fort longtemps, la cloche de l'église du village, qui sonnait tous les évènements de la vie de la communauté. Quant à "glinglin", il s'agissait d'une onomatopée rappelant le son de la cloche. Annoncer quelque chose pour "la seing glinglin" signifiait donc "quand la cloche sonnera", manière de rester vague sur la date exacte. C'est vers la fin du XIXe siècle que "seing glinglin" s'est transformé en Saint-Glinglin.

D'aucuns prétendent toutefois que la Saint-Glinglin existe bien :
http://secouchermoinsbete.fr/6736-la-saintglinglin-existe-bien

Sinon, connaissez-vous Les contes de la Saint-Glinglin, de Robert Escarpit ?

Enfin, et pour celles et ceux qui se posaient la question du pourquoi-du-comment de l'illustration de ce billet, sachez que la Saint Glinglin est aussi "eune bonne bière" produite par la Brasserie Artésienne (Auchy-les-Mines, dans le Pas-de-Calais pour les nuls en géo). Et celle-là, il ne faut pas attendre la Saint-Glinglin pour la boire !

mardi 15 avril 2014

Ne pas confondre : fard, far et phare

Aujourd'hui, on va faire far fort : trois mots se prononçant de la même manière, mais qui diffèrent par leur orthographe et sont donc de vrais pièges à c...orrecteurs orthographiques intégrés : fardfar et phare.
Allons-y (à l'essentiel pour les définitions ci-dessous).
Fard : c'est le maquillage, le produit cosmétique.
Far : c'est la fameuse pâtisserie bretonne.
Phare : c'est un projecteur de lumière équipant les véhicules. C'est aussi la tour équipée d'un puissant projecteur et servant à guider les navires.

Je n'ai pas de truc mnémotechnique à vous proposer pour vous aider à retrouver la bonne orthographe. Ceci dit, avec un poil de bon sens, on doit y arriver.

Prenons le cas de l'expression "piquer un fard", qui veut dire, pour faire simple, rougir :
- Si vous écrivez piquer un phare, bon courage s'il s'agit de celui de Chassiron. Ce sera peut-être plus facile avec celui d'une voiture. Mais, surtout, vous donnerez à l'expression un sens très "imagé" que vous aurez un peu de mal à expliquer.
- Si vous écrivez que votre tante bretonne a piqué un far dans la boulangerie de son village armoricain, il faudra vous attendre à donner quelques explications à vos lecteurs (et à votre tante) sur le sens réel de votre phrase...
Dans les deux cas, vous risquez fort de piquer un fard, pour de bon !

Car, et je vous le redis, n'attendez pas de votre correcteur intégré qu'il vous signale quoi que ce soit...


lundi 14 avril 2014

C'est ma faute ou c'est de ma faute ?

Question du jour : doit-on dire (écrire) "c'est ma faute", ou "c'est de ma faute" ?

Eh bien oui, effectivement, on peut dire ou écrire les deux.
C'est de ma faute a longtemps été considérée comme une construction incorrecte, puis familière, avant de gagner ses lettres de noblesse. Comme si elle comblait un vide dans le sens que l'on veut vraiment donner au mot faute.
Car tout est là, encore une fois : le sens.
Vous connaissez tous le Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa, qui donne en français le non moins fameux C'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute. Et il ne vient à l'idée de personne de traduire la formule latine par C'est de ma faute, c'est de ma... : on sent bien que le sens en serait modifié.
Écrire ou dire c'est ma faute signifie que cette faute est mienne (le sens de péché dans la formule ci-dessus).
C'est de ma faute aurait plutôt le sens de cette faute me revient, c'est de mon fait.
Il y a matière à discussion, certes, mais personnellement j'ai le sentiment qu'il y a bien une différence entre les deux formulations.
Rien de tel que des exemples pour illustrer tout ça :

- Ce matin, si le réveil n'a pas sonné, c'est de ma faute : j'ai oublié de l'activer hier soir.
-> Suite à une erreur de ma part (ici, un oubli), le réveil n'a pas sonné. La faute (l'erreur) m'en incombe bien.

- Ce matin, le réveil n'a pas sonné. Il faut dire que j'ai fait exprès de ne pas l'activer hier soir. Donc, je ne me suis pas réveillé à l'heure et c'est ma faute.
-> Je savais qu'en ne mettant pas le réveil, je ne me réveillerais pas. J'ai fauté intentionnellement.

Tout cela vous semble un peu compliqué, voire tordu, sinon tiré par les cheveux ? Ce n'est pas de ma faute si le français offre une telle richesse de subtilités. Par contre c'est ma faute (et je l'assume) de vous imposer un tel article dès le lundi !


dimanche 13 avril 2014

Discipline scolaire

Voici, histoire de vous détendre un peu en ce beau dimanche d'avril, une petite compilation de motifs disciplinaires. Comme quoi, le petit monde de l'Éducation nationale sait aussi faire de l'humour, plus ou moins involontairement...



Il s'était procuré les énoncés du bac blanc qu'il revendait au marché noir. (un proviseur)

Il a frappé si violemment son camarade à terre que celui-ci a repris connaissance.

Il s'est introduit chez l'intendante après l'avoir escaladée.

Non content de taguer les murs, il tague ses camarades.

Ayant grimpé dans un arbre, il a finalement été cueilli par les surveillants.

Il a traité le conseiller de "tête de mort" sans que celui-ci puisse le démentir.

Alors que le professeur ramassait les copies, il lui a donné, au lieu de sa feuille, une pièce de monnaie.

Il a écrit plusieurs mots d'excuse de la main de ses parents.

En cours d'EPS, il a shooté dans un ballon qui s'est avéré être la tête d'un camarade.

Elle a tenté de dérober un ballon, mais sa grossesse éclair a alerté le professeur d'EPS.


Ces perles sont tirées du livre Le sottisier du bac, de Philippe Mignaval (2007).

samedi 12 avril 2014

Le parapluie

En avril, ne te découvre pas d'un fil... Et n'oublie pas ton parapluie. Et puis, un parapluie, ça peut être très poétique. La preuve :

Le parapluie 
Un parapluie
Prit le train pour Paris
En compagnie d'une mamanrapluie 
Il pleuvait beaucoup ce soir-là
Mais dans le train
Il n'y avait personne 
Elle pleura un peu
Puis ils se plurent beaucoup 
Au retour tout le ciel était bleu. 
Paul VINCENSINI

vendredi 11 avril 2014

Inventaire à la Prévert

C'est aujourd'hui l'anniversaire de la mort de Jacques Prévert.
Lequel est à l'origine d'une expression connue de tous : un inventaire à la Prévert.
Pour mémoire, faire un inventaire à la Prévert signifie énumérer (lister) des choses sans rapport les unes avec les autres.
Voici donc, sous vos yeux émerveillés et pour le plus grand plaisir de tous, le célèbre poème de Jacques Prévert :


Inventaire

Une pierre
deux maisons
trois ruines quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs

un raton laveur

une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur

un autre raton laveur

un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace un comptable deux aides-comptables un homme du monde deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier une demi-pinte de bon sang une mouche tsé-tsé un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et…

cinq ou six ratons laveurs

un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon un calvaire de pierre une échelle de corde
deux sœurs latines trois dimensions douze apôtres mille et une nuits trente-deux positions six parties du monde cinq points cardinaux dix ans de bons et loyaux services sept péchés capitaux deux doigts de la main dix gouttes avant chaque repas trente jours de prison dont quinze de cellule cinq minutes d’entr’acte
et…

plusieurs ratons laveurs.

jeudi 10 avril 2014

Citation de Marguerite Duras

L'écrit ça arrive comme le vent, c'est nu, c'est de l'encre, c'est l'écrit et ça passe comme rien d'autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie.
Marguerite DURAS


mercredi 9 avril 2014

Aller de pair

Aller de pair ou aller de paire ?
Aller de pair, bien sûr. Ah, j'en vois deux ou trois qui rougissent et effacent frénétiquement le e en trop. Errare humanum est, chers amis, et si vous saviez le nombre de fois où l'on voit cette expression écorchée !
Mais perseverare diabolicum. Creusons donc.

Aller de pair signifie aller ensemble, dans le sens d'être lié. Le mot pair, plus généralement, désigne une personne qui exerce le même type d'activité. On le retrouve en outre dans plusieurs autres expressions comme hors pair (qui n'a pas d'équivalent), ou encore jeune fille au pair (travail en échange de l'hébergement, les deux étant liés).

Bref, une bonne orthographe va de pair avec une bonne compréhension de l'expression... Ce qui est particulièrement vrai ici.

Et pour conclure, le truc mnémotechnique capillotracté de votre serviteur :
pour se souvenir qu'aller de pair ne prend pas de e, on pense à la fille au pair : il ne viendrait à l'idée de personne d'écrire fille aux paires.
...
Si ?

mardi 8 avril 2014

Ne pas confondre : exaucer et exhausser

Dans la très grande famille des homophones de la langue française, je demande exaucer et exhausser... Bonne pioche !

Comme toujours, revenons au sens de ces mots pour fixer à jamais dans nos cervelles francophones et francophiles l'orthographe de chacun :
  • Exaucer : satisfaire, répondre favorablement à une demande, un vœu.
  • Exhausser : augmenter la hauteur de quelque chose, le rendre plus élevé ; surélever. Ce verbe est de moins en moins utilisé.
Petit truc mnémotechnique : dans le sens de surélever, augmenter la hauteur, il suffit de penser au "h" de "hauteur" (encore faut-il, il est vrai, savoir que hauteur prend un "h" !).

Et le petit exemple bien tordu que vous attendiez tous :
Son vœu d'exhausser sa maison d'un étage fut exaucé par son architecte.

lundi 7 avril 2014

le e dans l'o

Le "e dans l'o" serait-il en voie de disparition ? Il est vrai que cette ligature n'étant pas directement accessible sur nos claviers, on a tendance à passer outre et à écrire, par exemple, un oeuf au lieu d'un œuf. Ce qui est considéré, n'en déplaise aux flemmards, comme une faute d'orthographe. Notez également que la majuscule de œ est Œ.
Même si la plupart des correcteurs orthographiques peuvent vous corriger automatiquement s'ils sont bien paramétrés, il est tout de même conseillé de connaître les combinaisons de touches permettant d'afficher œ ou Œ.
Sous Windows, les combinaisons suivantes peuvent être utilisées : Alt+0140 (Œ), Alt+0156 (œ). Pour les heureux possesseurs d'un Mac, il suffit de maintenir la touche o ou O enfoncée pour voir apparaître plusieurs possibilités, dont cette ligature (choix 2). Sauf erreur de ma part, il en va de même sur les claviers virtuels des smartphones.
Pour en savoir un peu plus sur ce caractère, vous pouvez consulter la page Wikipédia qui lui est consacrée.
Quant à la prononciation... Aïe, ça se gâte. Il existe en effet plusieurs prononciations possibles :

eu comme dans peur : œuvre, œil, cœur, chœur, bœuf, œillère, sœur, œuf, œillet, œuvre, mœurs,
eu comme dans deux : bœufs, œufs, nœud, rœsti, vœu, rœntgen,
é comme dans épée : fœtus,
è comme dans lait : œstrogène,
é ou eu (certains ouvrages considèrent que seule la prononciation é est correcte) : œcuménique, œdème, œnologie, œsophage, Œdipe.

Au sujet de l'éventuelle disparition de cette ligature, je vous recommande cet article du blog Sauce piquante.

Un de ces jours, on parlera de æ et Æ. Promis, juré !

dimanche 6 avril 2014

Perles politiques

Parce qu'on est dimanche et qu'on peut bien sourire un peu de la politique (surtout après ce qu'on vient de subir avec les municipales, et avant de se farcir les européennes), je vous propose un petit florilège de perles d'hommes et de femmes politiques.
C'est une sélection toute personnelle car le choix est considérable. Au point qu'il existe des sites internet qui ne font que ça : les recenser.
Pour éviter toute polémique, je vais la faire comme à l'armée : gauche-droite-gauche-droite !


  • Je m'adresse à vous, à cette génération qui n'est pas encore née. (Ségolène Royal)
  • Quand on va m'entendre et que l'on va me voir, ça va se voir et ça va s'entendre. (Philippe de Villiers)
  • Je crois que le respect de la démocratie voudrait que j'aie le dernier mot. (Georges Marchais)
  • Il faut mettre un frein à l'immobilisme. (Raymond Barre)
  • Même si le Dalaï Lama est un curé très sympathique, il ne faut pas perdre de vue que le système dont il est la tête est un système théocratique dans lequel les gens paient des impôts aux monastères, où des enfants ne vont jamais à l’école. (Jean-Luc Mélenchon)
  • Le vol de portables à l'arraché est un phénomène récent qui n’existait pas avant les téléphones mobiles. (Nadine Morano)
  • Ségolène Royal aura la place qu’elle souhaite dans le PS, même si la plupart sont déjà occupées. (Martine Aubry)
  • Les veuves vivent plus longtemps que leurs conjoints. (Jean-Pierre Raffarin)
  • Le bicentenaire, ça ne se fête pas tous les ans, ça se fête tous les cent ans. (François Mitterrand)
  • Le pétrole est une ressource inépuisable qui va se faire de plus en plus rare. (Dominique de Villepin)
  • Je souhaite que les français descendent dans la rue avec leur instrument à la main. (Jack Lang)
  • Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, c’est ce que j’ai toujours dit. (Jacques Chirac)

samedi 5 avril 2014

A-poésie

En ce beau samedi d'avril, je vous propose cet OPNI (Objet Poétique Non Identifié), dont je vous donne tout de même le nom de l'auteur : Louis Calaferte.

A-poésie 
Soyez popo
Soyez poli
Soyez Polack
Politique ou polythéiste
Polyglotte ou polyvalent
Soyez popo
Soyez pochard
Soyez popo
Soyez podagre
Polission ou Polichinelle
Polygame ou du populo
Soyez popo
Soyez peau d'âne
Mais surtout ne soyez pas poète
C'est un poète qui vous le dit

vendredi 4 avril 2014

Dictons d'avril

En avril, ne te découvre pas d'un fil. Voici probablement le dicton le plus connu lié au quatrième mois de l'année. En voici quelques autres...



  • Avril entrant comme un agneau s’en retourne comme un taureau.
  • Quand avril commence trop doux, il finit le pire de tous.
  • Au moment où commence avril, l'esprit doit se montrer subtil.
  • Au mois d'avril, la chèvre rit.
  • Il n'est pas si gentil avril qui n'ait son chapeau de grésil.
  • Avril pluvieux fait mai joyeux.
  • Avril fait la fleur, mai en a l'honneur.
  • Avril a trente jours. Si trente et un il avait, personne ne s'en plaindrait.
  • Tonnerre en avril, défoncez vos barils.
  • Fleur d'avril ne tient qu'à un fil.

jeudi 3 avril 2014

Citation de Jacques Derrida

Ce qu'on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l'écrire.
Jacques DERRIDA

mercredi 2 avril 2014

Histoire à dormir debout

Voilà. Les élections municipales sont terminées. Et comme pas mal d'électeurs vous réalisez que les candidats, y compris celui qui vient d'être élu, vous ont raconté des histoires à dormir debout pendant la campagne.
Au fait, d'où vient cette expression ?
Elle est apparue vers le XVIIe siècle, et avait à peu de choses près la même signification qu'aujourd'hui : elle désignait des histoires, des paroles, des discours si ennuyeux que les auditeurs risquaient de s'endormir sur le champ. Il s'agissait aussi de récits invraisemblables, absurdes. C'est ce sens qui nous est resté.

Allez, une petite devinette :
Connaissez-vous l'histoire du lit vertical ?
...
Non ?
C'est une histoire à dormir debout.